La Nationalisation du Téléphone

 

Peu avant la fin de la période des dix années de concession qui avait été acordée à la Société Générale des Téléphones, l'Etat comprit que l'exploitation des réseaux téléphoniques pouvait être très rentable, surtout en faisant financer les nouveaux réseaux par les futurs abonnés.
La S. G. T. était inquiète de cette concurrence. Ses réseaux pouvant être rachetés à tout moment, cela ne l'encourageait pas à investir.

La S.G.T tente alors de régler la situation une fois pour toute. En 1886 elle passe un accord avec le Ministre des Finances. La S.G.T. reprend tous les réseaux de téléphone des villes pour 40 ans, y compris ceux construits par l'Administration, l'Etat exploitera les lignes interurbaines comme celle batie en 1884 entre Paris et Marseille. Ce partage des tâches n'est pas une idée nouvelle : c'est ainsi qu'elles seront organisées en Angleterre en 1896. Mais il faut être devin pour savoir que les lignes interurbaines vont bientôt représenter l'avenir du téléphone. Pour l'instant il est assez difficile de téléphoner à Marseille à partir de Paris. L'opinion publique a le sentiment que l'accord passé avec la S.G.T. est scandaleusement favorable à cette dernière. C'est "l'affaire de la Compagnie Fermière". Au premier changement de gouvernement, à la faveur de la nomination d'un nouveau ministre des Finances, l'accord est dénoncé.

La Reprise des Téléphones par l'Etat

La Reprise des Téléphones par l'Etat

Cela va même très loin puisque les députés, dans les mois qui suivent, procèdent à la nationalisation des réseaux de la S.G.T. Il faut dire qu'il y a une certaine convergence d'intérêts qu'en apparence rien ne devrait rapprocher : d'abord les républicains de gauche ainsi que les municipalités des villes qui ont un réseau et ne veulent pas le voir racheté. Puis les ingénieurs de l'administration qui veulent exploiter une technique d'avenir. Enfin les abonnés d'affaires eux-mêmes qui pensent que l'administration sera plus neutre qu'une société privée et garantira une stricte égalité dans l'accès au réseau sans favoriser l'un plutôt que l'autre.
Une loi fut donc votée le 16 juillet 1889, elle institua le monopole d'Etat en France pour l'exploitation des téléphones en France.

L'Etat reprit donc possession des réseaux exploités par la Société Générale. C'est ainsi que naquit l'Administration française des Postes, Télégraphes et Téléphones.

La Société Générale des Téléphones fut, quand à elle, obligée d'orienter l'essentiel de ses activités vers la fabrication de terminaux téléphoniques.

Pavillon de la S.G.T. à l'Exposition de 1889

Pavillon de la S.G.T. à l'Exposition de 1889

Elle est présente à l'exposition universelle de 1889 où elle partage un pavillon avec les phonographes Edison. Au-dessus du pavillon un enchevêtrement de fils ; à l'intérieur, à la vue du public, le central téléphonique qui dessert les pavillons des exposants ; à côté, une exposition de matériel qui rappelle que même si la S.G.T. n'exploite plus les réseaux publics , elle est fournisseur de matériel pour l'administration ; enfin une démonstration de théatrophone qui amène aux oreilles des visiteurs les musiques de l'opéra ou les paroles des pièces de théatre.

Le Théatrophone

Le Théatrophone


A cette époque la concurrence était déjà rude. En effet depuis 1884 les abonnés des réseaux de l'Etat devaient acheter leurs propres terminaux et la Société Générale se trouvait en concurrence avec des constructeurs électriciens qui proposaient des appareils téléphoniques tous plus beaux les uns que les autres. Voici quelques modèles Mildé, Radiguet, D'Arsonval, Gallais et bien d'autres, de quoi faire réver les collectionneurs !...

Gallais

Gallais

Mildé

Mildé

Radiguet

Radiguet

D'Arsonval

D'Arsonval

 

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